Rachael Hore, Gavi

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Un cliché de la campagne. Photo : Gavi/A. Makundi 2015.

Le Cameroun a lancé la première campagne de vaccination avec le vaccin anticholérique oral, soutenue par Gavi. Une campagne menée sur le terrain par Médecins sans Frontières (MSF). Elle s’appuie sur le stock mondial de vaccins anticholériques oraux et vise à prévenir les flambées de choléra dans le nord du pays. J’ai posé quelques questions à Lorenzo Pezzoli, épidémiologiste travaillant au secrétariat du Groupe de travail mondial sur la lutte contre le choléra à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sur le fonctionnement de ce stock et l’importance de cette campagne. 

Pourquoi est-il nécessaire de disposer d’un stock de vaccins ?

« Ce stock a d’abord été constitué en vue d’une utilisation dans les situations d’urgence : flambée ou crise humanitaire, comme au Soudan du Sud à l’heure actuelle. C’est la soudaine flambée de choléra en Haïti après le tremblement de terre de 2010 qui a incité  à constituer ce stock. Cet événement a changé la donne pour nous qui travaillons dans le domaine du choléra, la région des Amériques n’avait pas notifié de cas de choléra en 20 ans, et l’ampleur de la flambée a incité le Groupe de travail mondial à agir. La nécessité d’une riposte rapide était évidente et, grâce à ce stock, c’est désormais possible, et cela l’a été après le tremblement de terre de cette année au Népal, pays où le choléra est endémique. Depuis peu, le Groupe de travail mondial encourage à également puiser dans ce stock dans les situations de non urgence et les « points chauds » du choléra où surviennent régulièrement des épidémies et où il est possible d’associer ce vaccin aux mesures « traditionnelles » contre cette maladie, telles que la sensibilisation à la santé et un meilleur accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène (WaSH). Après préqualification [assurance de la qualité] par l’OMS, il a été constitué une réserve de 2 millions de doses de vaccins anticholériques oraux mi-2013. La demande a toutefois rapidement dépassé cette quantité. En novembre 2013, le conseil d’administration de Gavi a approuvé une enveloppe supplémentaire de 114,5 millions de dollars (US$) visant à riposter aux flambées de choléra, à stimuler l’approvisionnement mondial et à évaluer aussi bien l’importance que la faisabilité des campagnes de vaccination préventives dans des zones endémiques au cours de la période 2014-2018. 

Quel en est le fonctionnement ?

Dans une situation d’urgence, les pays reçoivent les doses de vaccins anticholériques oraux dix jours environ après la demande. Le Groupe international de coordination doit approuver cette demande dans les 48 heures ouvrées. Si celle-ci est approuvée, elle est envoyée à la Division des approvisionnements de l’UNICEF qui organise ensuite l’emballage et la livraison. Une fois les vaccins arrivés dans le pays destinataire, le délai de livraison aux populations dans le besoin varie, celles-ci vivant dans des endroits reculés et parfois difficiles à atteindre. Le Groupe de travail mondial fournira des doses de vaccin dans les situations de non urgence en cas de surplus sur les 700 000 à 1 million de doses destinées aux urgences. 

Quelle importance revêt le lancement de ce jour au Cameroun ?

À l’heure actuelle, au Cameroun, l’administration du vaccin anticholérique oral dans le cadre d’une campagne vise à riposter à la crise humanitaire dans l’extrême nord. L’instabilité due aux groupes extrêmistes a entraîné le déplacement de plusieurs personnes, et trois districts de santé ont notifié des cas de choléra. Nous sommes pleinement conscients que le choléra n’est pas, stricto sensu, une maladie à prévention vaccinale, mais, dans des zones particulièrement à risque comme dans certains coins du Cameroun où l’on ne dispose ni d’eau potable ni d’assainissement et où les services de santé sont insuffisants, il importe de recourir à la vaccination pour combattre le choléra.
Idéalement, le vaccin anticholérique oral deviendra beaucoup plus largement disponible dans ces zones de non urgence en tant que mesure de prévention plutôt que de riposte. Il est à espérer que les pays qui reçoivent le vaccin anticholérique oral pour la première fois dans une situation d’urgence seront plus enclins à le demander pour une utilisation comme mesure préventive dans un contexte de non urgence. »

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